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Le Mas Soubeyran
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Ouverture :

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en juillet-août, tous les jours
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Message final de Vincens Hubac

Texte du message final de Vincens Hubac, Pasteur de l’Eglise réformée de France

Un grand merci aux professeurs Philippe de Robert et Hubert Bost pour leur exposé qui nous montrent l’importance de Pierre Bayle dans son temps et tout l’intérêt qu’il présente pour nous aujourd’hui.

Pour conclure cette journée, j’aimerais porter un témoignage personnel. Ayant acheté le Dictionnaire historique et critique, j’ai pu constater combien le style et la pensée de P. Bayle sont ouverts et modernes : la double approche par la définition du mot, ou du nom, et les notes toujours plus importantes permet la réflexion et la discussion.

Le Dictionnaire apparaît comme une œuvre centrale et originale parmi d’autres œuvres encyclopédiques, par exemple le dictionnaire de Moreri contre lequel Bayle a écrit ou encore le dictionnaire de la Bible du Père Simon paru en 1693 qui fonde la méthode historico critique et que P. Bayle a su apprécier.

Mais le dictionnaire de Bayle n’est pas en fait qu’un dictionnaire ou une encyclopédie, il est un écrit philosophique voire polémique. Sans doute est-ce une des raisons pour lesquelles Voltaire s’en est largement inspiré.

Pierre Bayle est un homme qui reste un philosophe se battant pour ses idées, et son œuvre en est marquée, en particulier tout ce qui concerne la tolérance et la liberté d’opinion. Par là aussi Bayle est un homme de son temps mais il dépasse son temps et reste étonnement moderne.

L’application de l’Edit de Nantes « à la rigueur » puis l’Edit de Fontainebleau qui le révoque suscitent chez les réfugiés huguenots et dans l’Europe protestante des réactions d’indignation : John Locke, Basnage de Beauval ou encore Aubert de Versé et Jurieu prennent part à la polémique en faveur de la tolérance. Le « Commentaire philosophique sur ces paroles de l’Écriture « Contrains-les d’entrer » contre Louis XIV » en 1686 ou encore « ce que c’est que la France toute catholique » s’inscrivent dans ce débat. Mais les œuvres de Bayle vont plus loin que les écrits sur la tolérance de l’époque trop marquée par le fait minoritaire mais trop « fermés ». En fait , la tolérance réclamée pour soi-même exclut trop souvent d’autres courants de pensée jugés hérétiques et cachent ainsi parfois une intolérance de fait – ou si on veut une tolérance sélective. Même s’il se réclame du calvinisme face à ses adversaires comme Jurieu par exemple, Pierre Bayle va plus loin et plaide non pas pour la tolérance, mais pour la liberté de conscience et pour la raison. Successeur d’hommes comme Sébastien Castellion ou Montaigne, il trouve un écho non seulement dans le siècle des Lumières qu’il inaugure, mais encore dans la Révolution Française. « Ce n’est pas la tolérance messieurs, que je réclame, c’est la liberté. La tolérance ! le support ! le pardon ! la clémence ! idées souverainement injustes envers les dissidents, tant qu’il sera vrai que la différence de religion, que la différence d’opinion n’est pas un crime. La tolérance… je demande qu’il soit proscrit à son tour, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous présente que comme des citoyens digne de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne » Rabaut Saint Etienne à l’Assemblée Constituante. On est là dans le prolongement du « Commentaire philosophique ». Rousseau, Kant, Voltaire ont prolongé tout au long du XVIIIe siècle la pensée de Bayle.

L’importance de Bayle ne s’arrête pas là, elle reste aussi importante pour la modernité. La liberté de conscience que défend Bayle vient alimenter d’autres débats aujourd’hui comme celui sur la laïcité. La Révolution avec Boissy d’Anglas (ami de Rabaut) fait écho à la voix de Bayle puisque Boissy d’Anglas rédige le premier texte sur la séparation de l’Église et de l’État et la liberté des cultes. Le centenaire de la loi de 1905 nous a donné l’occasion de nous pencher sur l’importance de la liberté d’opinion.

Enfin l’œuvre de P. Bayle a quelque chose de prophétique, d’évangélique comme l’a souligné le professeur H. Bost. Une sorte d’émerveillement, d’enthousiasme ­– au sens propre – se dégage devant cette liberté de conscience qui respecte fondamentalement l’individu et l’engage. Le Baylisme – si on peut dire – est une manière d’être faite de responsabilité et d’étonnement devant l’autre. Elle fonde l’accueil de la pensée d’autrui sans renoncer à ses convictions. Face aux critiques venues des catholiques et des huguenots (comme on l’a vu), Bayle a toujours affirmé ses convictions. Le « Baylisme » permet ainsi de « faire aux autres ce qu’on voudrait qu’on nous fasse » comme le souligne la règle d’or du Sermon sur la Montagne de l’Évangile de Matthieu.

Aujourd’hui cette manière d’être nous interpelle, et sur les fondamentaux de notre foi calviniste, et sur la mondialisation. Pierre Bayle pour qui les droits de la conscience humaine sont « directement ceux de Dieu même » nous parle encore dans nos sociétés multiculturelles, et multi religieuses. La mondialisation nous rapproche les uns des autres, elle implique un esprit de liberté, d’accueil, une histoire à construire avec les autres. Plus qu’un projet, c’est peut-être notre mission.

En vous remerciant de votre écoute, j’espère que cette journée vous - nous - incitera à lire ou à relire Pierre Bayle et surtout nous poussera à partager, à diffuser sa pensée toute empreinte de vérité et de liberté.

 
 
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