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Le Mas Soubeyran
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Ouverture :

Tous les jours du 1er mars au 30 nov.
de 9h30 à 12h00
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en juillet-août, tous les jours
de 9h30 à 18h30

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Jean-Arnold de Clermont - Président de la Fédération protestante de France

Protestantisme français et laïcité

Ainsi, Mesdames, Messieurs, Chers amis, l’année 1905 marque un double anniversaire ; celui de la Fédération Protestante de France et celui de la loi du 9 décembre, dite loi de séparation des Églises et de l’Etat. D’où le thème qui nous a rassemblés ici, aujourd’hui, celui des rapports du protestantisme à la laïcité. Après avoir rappelé, une fois encore, notre attachement à la laïcité, je vous rappellerai ce qu’elle signifie comme cadre d’exercice de notre liberté et de notre responsabilité de chrétiens protestants.

Les organisateurs de cette journée, présentant le thème et les orateurs, citent de manière tout à fait avisée le livre des Actes des Apôtres. Ils voient dans les propos de Gallion, Proconsul de l’Achaïe, un modèle de séparation. Les juifs de Corinthe voulant traduire l’Apôtre Paul au tribunal, celui-ci les récuse en disant : " S’il s’agissait d’un forfait ou d’un délit grave, quel qu’il soit, je vous écouterais patiemment, ô Juifs, comme il se doit ; mais s’il s’agit de débats sur des mots, sur des noms et sur votre propre loi, cela vous regarde ; moi, je ne souhaite pas en être juge. " C’est bien à cette neutralité du politique à l’égard du religieux que nous sommes attachés, nous protestants français, par notre foi et notre histoire ; et non seulement la neutralité du politique à l’égard du religieux, mais l’inverse : l’autonomie du politique à l’égard des cultes. Oui, nos arrière-grands-parents se sont réjouis lorsque la Loi de 1905 a placé dans son premier article la liberté de conscience comme fondement de la liberté des cultes. Et la Fédération protestante qui venait de se créer y apportait toute son attention, exhortant ses Eglises membres à investir ce champ de liberté pour témoigner de l’amour de Dieu pour tous. A sa première Assemblée en 1909, elle s’adressait au Gouvernement français pour lui rappeler ses devoirs à l’égard des malgaches protestants persécutés…

Et bien, chers amis, c’est ce même attachement à la laïcité qui est le nôtre aujourd’hui, laïcité comprise comme le cadre juridique qui permet la liberté de conscience. Mais j’aimerais être sûr que la Loi qui en découle est véritablement respectée, dans son texte et son esprit. Lorsque je lis que le maire de Martigues, en juin dernier, agacé par les problèmes que pose le stationnement sur sa commune d’un rassemblement de tziganes évangéliques, se permet de déclarer impunément que - je cite - : " Ce sont des pratiquants de l’Église évangélique de Dieu. Je ne sais pas si Dieu les entend mais j’ai l’impression que c’est le diable qui les inspire ! " Lorsque j’apprends que la CAF du Tarn refuse de rembourser des bons vacances aux Eclaireurs, Eclaireuses Unionistes de France, parce que - je cite encore - " on peut lire dans (votre) projet "notre inspiration chrétienne repose en effet sur la conviction que la rencontre avec Jésus Christ contribue à trouver un sens à sa vie. Proches des églises, nous souhaitons favoriser la possibilité de cette rencontre par la découverte de la Bible et le témoignage de ceux qui croient en son message". Et par conséquent, écrit le Directeur de la CAF, " le projet pédagogique de votre structure est basé en partie sur l’implication chrétienne de ses membres, de ce fait le prosélytisme est actif ". Lorsque j’entends ou je lis cela, je me demande où est la liberté de conscience garantie par la loi dans le cadre de la laïcité ? Il ne faudrait pas que la laïcité devienne une religion civile qui exclurait à ce titre les convictions religieuses.

C’est donc à une vigilance active que je vous appelle, chers amis, pour que nous ne laissions pas se détériorer ce pour quoi nos pères se sont engagés, qu’on l’appelle techniquement la séparation des Eglises et de l’Etat, ou théologiquement la doctrine des deux règnes. Car il revient à l’Etat de rendre possible la vie des citoyens dans sa plénitude, y compris dans sa dimension spirituelle ; comme il nous revient d’apporter les fruits de notre interprétation de l’Ecriture à la construction de notre société.

Tel sera le deuxième volet de mon intervention. Car il ne faudrait pas que prenant prétexte des difficultés des temps présents, du caractère minoritaire de nos communautés, du respect et de la tolérance à l’égard des convictions opposées, nous pratiquions je ne sais quelle autocensure dans l’exercice de notre liberté et de notre responsabilité de chrétiens protestants. L’exigence du témoignage, dans un monde qui, plus que jamais peut-être, souhaite vivre sans Dieu, est pour nous au cœur même de notre vie spirituelle.

Il me semble que nous avons pour cela, comme protestants français, à affronter deux défis majeurs :

" Le premier est celui que j’appelle le défi des caricatures de l’évangélisme, venues d’outre-atlantique, et portées par une médiatisation le plus souvent ignorante des réalités religieuses. Que nous dit-on ? Qu’être évangélique, c’est prôner une morale toute faite qui s’imposerait à la société et devrait nous conduire à confondre des réalisations moralement indiscutables avec le Règne de Dieu…

Mais nous avons une autre compréhension du témoignage évangélique.

Il est d’abord, non l’affirmation d’un impérialisme de la foi, mais de sa pauvreté en quête de la vérité et du sens de notre vie. Nous nous mettons à l’écoute d’une parole qui ne vient pas de nous et nous permet d’espérer ; ouverts à tous ceux qui nous aident à la comprendre et à en vivre.

Etre évangélique c’est encore soumettre à l’éclairage de cette Parole de Dieu le monde où nous vivons, pour dévoiler ses disfonctionnements, ses injustices, ses compromissions, et exhorter, notamment les politiques à se mettre à l’écoute de cette Parole.

Mais c’est aussi prendre le risque de l’action et de la parole publiques pour indiquer des chemins de réconciliation et de guérisons.

De ce témoignage évangélique, la Fédération Protestante de France a été et veut rester un acteur, discernant avec ses Eglises et Associations membres les priorités dans l’espace public. Mais elle ne pourra exercer fidèlement cette mission que si elle peut s’appuyer sur des Eglises locales, et des associations qui sont elles aussi pleinement engagées dans cette mission. La crise sociale que nous traversons, la pauvreté qui touche plus d’un être humain sur trois dans le monde, les manifestations insupportables de racisme et d’antisémitisme, les défis du réchauffement climatique et du développement durable … sont autant de domaines où notre engagement est attendu. Non parce que nous aurions des recettes miracles, mais parce qu’il en va de notre propre cohérence de chrétiens porteurs d’une parole de Dieu pour ce monde qu’il aime.

" Mais j’aimerais souligner un autre défi, lié à la laïcité, et auquel il me semble que nous sommes confrontés comme protestants français. Rien n’est plus à la mode que de dénoncer les méfaits du communautarisme. Il est vrai que s’il s’agit de se soumettre aux ukases d’un gourou, ou de lier sa vie corps et esprit à une idéologie tribaliste, s’il s’agit d’en recevoir tout ce qui fait notre identité, j’en vois tous les dangers. Mais nous avons à revendiquer notre appartenance à la communauté chrétienne qui nous offre l’identité de frères et de sœurs en Christ ; nous avons à revendiquer notre identité protestante qui nous fait héritiers d’une histoire et porteurs d’un message de liberté qui reste pleinement actuel ; nous avons à revendiquer notre appartenance à des communautés locales au sein desquelles nous confrontons nos lectures du texte biblique et nous apprenons à discerner le souffle de l’Esprit. C’est parce que nous appartenons à de telles communautés que nous pouvons participer aux dialogues œcuméniques et interreligieux, comme aux débats publics.

Dialogues œcuméniques et interreligieux, aux exigences différentes, mais qui nous amènent à dire ensemble la dimension irréductible de la spiritualité des êtres humains. Débats publics au sein desquels nous apportons le meilleur de notre écoute de la volonté de Dieu.

Il ne faudrait pas que le protestantisme français se laisse impressionner par tous ceux qui au nom de la laïcité ne voudraient avoir en face d’eux que des citoyens spirituellement anonymes. C’est dans le dialogue toujours renouvelé, sans exclusive aucune, avec les chrétiens de confessions différentes, avec le judaïsme qui puise à la même source que nous, avec les adeptes d’autres religions, avec les agnostiques en quête de sens pour la vie de notre monde, que nous témoignerons de l’esprit de liberté qui nous anime, et que nous dirons le privilège d’être portés par des communautés de foi et d’espérance.

Un protestantisme qui approfondit la communion de ses membres, qui veille au respect des libertés religieuses, qui favorise un dialogue sans exclusives ; voilà, ce dont nous sommes héritiers ! Voilà ce qui nous est donné de vivre. Nous ne ferons pas avancer le Royaume de Dieu ; cela ne nous revient pas. Mais nous témoignerons ainsi de l’attente et de l’espérance que la Parole vivante de Dieu a placée dans nos cœurs.

 
 
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