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Le Mas Soubeyran
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de 9h30 à 12h00
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en juillet-août, tous les jours
de 9h30 à 18h30

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Leila Hamrat - Pasteur de l’Église protestante française de Londres

" Ô, Dieu, donne-nous secours pour sortir de détresse, car le secours de l’homme n’est que vanité "

Frères et sœurs, qu’est-ce qui suscite le plus spontanément notre prière, sinon ce qui fait mal ou peur ?

Se tourner vers Dieu dans la détresse, le découragement ou l’effroi est normal et nécessaire. C’est une attitude de croyant.

A ce titre, le court verset du psaume 60, tout comme l’ensemble du psautier représente le mémorial d’un événement de prière. On y lit, on y entend le cri, l’appel de tous les temps. "Ô, Dieu, viens à notre secours pour sortir de détresse car le secours de l’homme est illusoire ".

Son attribution à David a une valeur symbolique. Ce nom fédère tous les chantres anonymes qui ont écrit ces supplications aux heures les plus sombres de l’histoire d’Israël.

Dans ce psaume 60 et ses parallèles en 44 et 74, les heures les plus sombres renvoient à l’événement tragique de la chute de Jérusalem ou peut-être de la prise de Samarie, respectivement en 587 et 731.

Citant ce psaume aux heures les plus dramatiques de l’histoire des Camisards, Elie Marion s’inscrit dans la lignée des chantres anonymes, des prophètes, des croyants qui, aux temps de l’épreuve, revenus de la vanité de tout appui humain, se sont tournés vers Dieu, espérant de lui, et de lui seul, la consolation, la délivrance et le relèvement.

Evénement de prière, le psautier ne l’est pas seulement par la supplication, par les appels à l’aide mais il l’est aussi par la louange qui s’y exprime.

En effet, il n’est pas de psaumes où la détresse, l’angoisse, parfois même la colère, si fortes soient-elles ne se laissent traverser par la gratitude. Louer Dieu est aussi une conduite de croyant. La louange est l’énumération des interventions divines. Les bienfaits et les joies vécus au quotidien sont autant de signes de l’attention divine.

Voyez-vous, ces deux attitudes fondamentales de la prière manifestent que c’est avant tout par le dialogue avec Dieu - ce dialogue fut-il tremblant de détresse ou étincelant de gratitude que la foi se vit, se maintient. Que les liens qui unissent le croyant à Dieu et au Christ s’approfondissent, se consolident.

Ce matin, j’aimerais creuser avec vous cette idée de la prière comme événement de foi, comme acte de foi par excellence, notamment à partir des deux dimensions évoquées.

* La demande qui peut être parfois appel à l’aide, supplication * Et la louange, la gratitude.

Reconnaissons que cette idée ne va pourtant plus de soi. Il y a une grande différence d’appréhension de soi entre l’homme biblique et l’homme moderne. Et ce décalage n’est pas sans conséquences dans le domaine de la prière.

L’homme biblique considère qu’il ne dispose pas de sa propre vie. Que celle-ci est abritée, façonnée et orientée. Conscient de sa vulnérabilité, il ne la perçoit pas comme un manque. Sa dépendance n’est pas ressentie comme une blessure d’ego. Il la vit au contraire comme un des lieux où se révèle la tendresse, la prévenance et l’irruption de Dieu. L’homme biblique se sait, selon la formule de St Jean de la Croix " sans appui mais appuyé ". Vivant ainsi par la grâce de cet Autre qui porte le nom de Dieu, il lui est donc naturel de demander et de remercier, bref d’attendre son salut de Dieu et de Dieu seul.

Il y a dans cette attitude de foi un abandon, un lâcher-prise, une passivité première qui a du mal à trouver sa place dans la configuration générale de notre pensée et de notre vie.

En effet, pourquoi l’homme moderne qui a le sentiment de pouvoir subvenir à tous ses besoins, qui vit dans un monde techniquement contrôlé, qui se veut émancipé, adulte, devrait-il ouvrir les bras, s’en remettre à un autre, à cet Autre qu’est Dieu pour son salut ?

Pourquoi l’homme moderne qui vit en ayant le sentiment de pouvoir disposer selon son bon plaisir et au prix de ses propres efforts de la réalité extérieure, de tout ce qui lui est nécessaire pour exister, devrait-il manifester de la gratitude à Dieu ?

La maîtrise de la part de l’homme moderne de domaines qui échappaient à la domination de l’homme biblique et qui, de fait, étaient réservés à l’intervention de Dieu a-t-elle disqualifié et rendu sans objet la prière de demande de salut et de louange ? Autrement dit, la modernité, le progrès nous condamnent-ils à vivre du salut de nos œuvres et d’ingratitude ? Nous condamnent-ils à la toute-puissance et à l’auto-suffisance ?

L’esprit moderne qui habite en nous et qui feint de ne rien comprendre à ce vieux texte qu’est la Bible serait bien inspiré de le méditer plus souvent et plus profondément. Exercice salutaire qui désobscurcirait ses pensées.

Car l’homme biblique a incontestablement une bonne longueur d’avance sur la modernité lorsqu’il proclame la vanité du salut humain, la vanité de l’auto-glorification.

Il sait mieux que l’homme moderne, d’un savoir d’expérience , d’une sagesse qui remonte à la nuit des temps que la prétention à maîtriser toutes choses et à disposer de sa propre vie échoue à coup sûr quand la croix et la nuit entrent dans nos vies. Il sait aussi que ce qui donne de la profondeur, de l’épaisseur et du sens dans la vie - à savoir la fidélité, le pardon, la paix, l’espérance et l’amour - relève davantage d’un don reçu que de la performance humaine personnelle.

Sincèrement, est-il déraisonnable en soi et incompatible avec la modernité d’admettre que l’homme n’est pas l’origine de sa propre existence, ni de tout ce qui lui est nécessaire pour se maintenir et s’épanouir ? Est-il si infantilisant de reconnaître en toutes choses une source qui nous dépasse ?

N’est-ce pas au contraire le propre de l’adulte de prendre la mesure de ses limites, de son incomplétude et d’admettre ses dépendances ?

En s’adressant à Dieu par la demande et la louange, le croyant, sans renoncer en rien à sa responsabilité et à son initiative en matière de développement, de travail, d’innovation, atteste que le monde s’inscrit dans une générosité première qui est celle de Dieu. Et que de cette générosité, de cette grâce, de cet amour qui le précèdent, il reçoit le sens de sa vie et de son identité.

Aussi trouve-t-il tout naturel de faire remonter ses tâches à Dieu, en lui confiant ses projets, ses déroutes et ses réussites, ses peines, ses espoirs et ses joies. N’est-ce pas d’ailleurs la manière dont Jésus a lui-même vécu son rapport à Dieu. Un rapport personnel et filial.

Ce double aspect personnel et filial qualifie la prière juive et chrétienne. Il est important de le souligner car la prière dans sa forme et son contenu apparaît directement liée au visage de Dieu qu’elle entend rejoindre.

Dans l’actuel métissage des croyances qui nous fait renouer avec la vieille idée d’un dieu impersonnel, d’un dieu dont le nom s’est noyé dans le sentiment océanique d’individus qui se rêvent en osmose avec le grand tout cosmique ou encore d’un dieu dissous dans l’universalisme impersonnel des Droits de l’homme ; nous avons, aujourd’hui plus que jamais, la responsabilité de nommer clairement le Dieu que nous prions comme étant un Dieu Père bien vivant, qui nous fait entrer dans un rapport personnel et filial. En quoi la prière se démarque de toute introspection ou rumination sur soi et de toute technique de relaxation.

L’homme biblique du premier Testament a expérimenté ce Dieu vivant et personnel à travers la révélation du buisson ardent, de l’exode, du don de la loi et les prophètes.

Convaincu que son histoire ne se déroulait pas au gré du hasard aveugle, l’homme du second Testament a, à son tour, fait l’expérience de la proximité de Dieu lorsque Celui-ci a choisi de s’aventurer sur le territoire de l’homme, de devenir, selon l’admirable formule de Christian Bobin " le Très-Bas ", en la personne de son Fils Jésus dont le nom signifie précisément " Dieu sauve ".

Au bénéfice de ce double héritage, nous avons aujourd’hui l’assurance que le Dieu de Jésus-Christ que nous prions est un véritable événement de présence dans le cours du temps. Un événement d’hier, d’aujourd’hui, de demain, de toujours.

En priant, non seulement nous confessons cette infaillible présence de Dieu à notre monde, mais de surcroît, nous apprêtons un espace au discernement et à la manifestation de cette présence dans le cours de nos vies pour que celle-ci, selon la belle formule de St Augustin, devienne en nous plus intime que notre propre moi.

Oui, frères et sœurs, la prière de demande et de louange est le plus engagé des credo que nous puissions formuler. Elle est la forme même de la foi vécue dans le plus ordinaire de nos jours car par elle, et peut-être même, plus que par tout autre engagement socio-religieux, nous répondons à cette présence divine dans un acte de confiance en murmurant à notre tour : Hineni. Me voici. Je suis là présent à toi.

 
 
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