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Le Mas Soubeyran
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Sébastien FATH - Chercheur au Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité (CNRS/EPHE)

Rassembler ou multiplier ? Le prophétisme des “réveils” de la Drôme et d’Ardèche au début des années 1930.

Rassembler, multiplier ? Ces deux exigences sont au cœur du prophétisme, au cœur du protestantisme. Parce que le protestantisme a renoncé à l’idée d’une institution sacrée, parce qu’il place au premier rang l’annonce - et l’interprétation- d’une Parole, il accueille volontiers, aux côtés du “pasteur-docteur”, la figure du prophète, cet homme - ou cette femme - chevillé (e) à une “parole” plus qu’à une institution, saisi par l’urgence d’une interprétation qui éclaire les crises qui traversent, immanquablement, l’histoire humaine. Dans la posture du prophète, “ce n’est plus la fonction qui porte l’homme, mais l’homme qui porte la fonction” . Ni fonctionnaire du rite, ni enseignant encadré par une institution, le prophète est d’abord une voix qui dérange, appuyée sur une vocation et sur l’autorité de celui dont il se réclame le porte-parole, Dieu lui-même. Pour reprendre les mots de Ruben Saillens, prononcés ici-même il y a bientôt 80 ans, le prophète, c’est un homme qui, tel Elie, passe pour avoir “le courage de dire des vérités” qui peuvent “lui coûter la vie” … ou sa crédibilité. Au sein des Églises de la Réforme, cette parole prophétique, à la fois déstabilisante et possiblement vivifiante, se joue souvent autour des dynamiques du rassemblement et de la multiplication, parce qu’on rejoint là l’essence même de ce qu’est le protestantisme.

“Rassembler” (premier pôle de la tension), c’est appeler à conjurer la “précarité” structurelle du protestantisme par le biais d’une force unificatrice. Fragilisées par leur refus de se définir par une institution sacralisée (au contraire de l’Église catholique), les Églises protestantes ont toujours eu particulièrement besoin, au cours de leur histoire, d’invitations vigoureuses au rassemblement, à la cohésion, au-delà de l’apparent éclatement des appartenances, des affiliations, des dénominations, des Églises et assemblées. Les phénomènes de “Réveil” et de prophétisme qui ont marqué le protestantisme français à l’époque contemporaine n’ont souvent pas échappé à cette nécessaire dynamique cohésive. Que ce soit dans un cri ou dans un chant, le slogan “Tous unis en Christ” a résonné, avec ardeur, dans les temples, les paroisses, Églises locales.

“Multiplier” (second pôle de la tension), c’est vouloir aussi, mais d’une autre manière, contrecarrer les effets dissolvants de la “précarité protestante”. Il s’agira là, non plus de mettre l’accent sur la dynamique unitaire, mais sur le potentiel ecclésiogène du protestantisme, c’est-à-dire sa capacité, grâce à sa souplesse, à créer de nouvelles Églises, de nouvelles organisations, et, à la base, de nouveaux convertis. La “diversité” protestante, sa pluralité, son foisonnement, est ici particulièrement valorisée, en tant que manifestation de la liberté de l’Esprit. Loin d’apparaître comme une porte de sortie de la religion, le protestantisme se présente au contraire, dans cette logique de multiplication, comme un terreau privilégié d’émergences chrétiennes nouvelles. “Multiplions les champs nouveaux, les Églises”, voilà ce que clameront les voix prophétiques qui se situent dans cet axe.

Durant l’époque contemporaine, que les historiens font commencer à partir de 1789, ces deux logiques prophétiques (rassembler, multiplier) se sont retrouvées à plusieurs reprises. C’est particulièrement dans les périodes de “Réveils”, phases de remobilisation militante du protestantisme, qu’on peut les voir à l’œuvre. Ces “réveils”, toujours délicats à dater et à circonscrire, commencèrent dans la première moitié du XIXe siècle, se poursuivant sporadiquement au XXe siècle dans des proportions et des limites qui restent encore largement à définir. Un prophétisme diversifié, qu’il porte sur les structures de la société (christianisme social) ou sur les conversions individuelles, s’est déployé en France. S’il ne fallait ne retenir qu’un épisode de ces phases revivalistes, c’est sans hésiter vers la Drôme et l’Ardèche de l’entre-deux guerres que le regard se porte. A ce moment-là, dans un temps de crise (ombre portée de la guerre, difficultés économiques), la voix des prophètes trouva un écho particulier. Deux types de revivalisme et deux types de prophétisme se rencontrèrent avec une force rare.

Le Réveil de la Drôme (réformé unitaire)

Sur la rive orientale du Rhône, c’est alors le fameux Réveil de la Drôme qui jette tous ses feux, depuis 1922, sous la conduite collégiale de la presque légendaire Brigade de la Drôme (autour, en particulier, du néo-calviniste Jean Cadier et du pasteur de Dieulefit, Henri Eberhard), qui a laissé chez toute une génération de protestants des souvenirs émus et colorés. Ce Réveil a deux caractéristiques majeures. Il entend tout d’abord appeler, très énergiquement, à la conversion individuelle, en se plaçant sur un axe de type clairement confessant, voire professant : le chrétien doit s’engager, afficher par sa conversion et sa vie nouvelle les valeurs de l’Évangile. Comme l’écrivait le pasteur M. Lador, au début d’un ouvrage intitulé La doctrine du Réveil, les brigadiers considéraient que “le Réveil, c’est le retour à la vie chrétienne normale (…) et il n’y a pas de vie normale, évangélique, sans une confession, une profession personnelle de sa foi, donc une expérience personnelle du salut” . Au service de cette exigence, une mobilisation rhétorique de type prophétique s’est mise en oeuvre durant des années, la voix et la plume des prédicateurs revivalistes entendant secouer, tels Esaï ou Jérémie, la bonne conscience un peu léthargique du “peuple de Dieu”. “Notre époque manque de prophètes !”, s’exclamait par exemple le pasteur Champendal , dans la première phrase d’un ouvrage entièrement consacré au prophétisme, et publié par la Brigade Missionnaire en 1931. Ce livre faisait directement écho à la convention de Dieulefit en 1930, entièrement consacrée à l’étude du phénomène prophétique.

La seconde caractéristique forte de ce Réveil de la Drôme fut la dynamique unitaire. Jean Cadier, et plusieurs autres, pensaient même que la condition majeure d’un grand Réveil était la réunification réformée. La famille réformée française était alors, depuis 1872, divisée, morcelée. Au moment du réveil drômois, elle se partageait entre l’Union des Églises Réformées de France (considérée comme plus libérale) et l’Union des Églises réformées évangéliques. Aux yeux des brigadiers de la Drôme, l’unité réformée apparut progressivement comme un objectif non seulement souhaitable, mais nécessaire. L’unité réformée retrouvée, qui fut finalement atteinte en 1938, était visée comme condition d’un “réveil” réussi. La fibre prophétique fut largement mobilisée au service de cet objectif d’un revivalisme unitaire (certains ont même parlé d’une “mystique de l’unité”). Le rappel des heures glorieuses du prophétisme camisard constitue un des registres au travers desquels les brigadiers de la Drôme entendaient mobiliser, ou remobiliser les protestants. Mais le prophétisme cévenol des temps de persécution, à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècle, est évoqué avec une certaine discrétion, et sous un prisme particulier. Ce prophétisme, rattaché aussi, bien-entendu, au prophétisme biblique, est rappelé et mobilisé en vue d’exalter un prophétisme contemporain qui réponde au mot d’ordre suivant : “ni schisme, ni sectes, ni fusion” . En clair, le prophétisme des brigadiers de la Drôme entend éviter le “séparatisme”, éviter l’affaiblissement de l’institution-Église, tout en refusant un unanimisme qui fasse l’économie d’un engagement chrétien appuyé sur les doctrines traditionnelles du protestantisme. Entre l’émiettement et la fusion, le prophétisme drômois défend donc une dynamique de rassemblement autour d’un message, celui du réveil réformé, de la conversion à Christ et de l’engagement dans l’Église. Il se situe, en fait, sur un axe relativement distinct de celui du prophétisme protestant des temps de persécution, ce qui explique sans doute la relative discrétion des références faites à ce mouvement. Tandis que le prophétisme camisard, par la force des choses, était très largement désinstitutionalisé, porté par des figures indépendantes et exaltées, le prophétisme drômois se situe explicitement dans une perspective ecclésiale, encadrée doctrinalement (l’orthodoxie biblique est constamment invoquée dans la littérature des Brigadiers de la Drôme) et unitaire. Si l’on voulait résumer d’une formule, le prophétisme des Brigadiers de la Drôme, c’est un zeste de prophétisme camisard, plus le robuste appoint d’Antoine Court !

Le Réveil de l’Ardèche (pentecôtisant)

Il en est tout autrement du réveil pentecôtiste qui se déploie alors, surtout depuis 1930, à partir du Havre puis dans dans de multiples régions, au gré des déplacements de l’évangéliste anglais Douglas Scott. Quelles sont ses caractéristiques principales ? Il s’agit d’un réveil polarisé sur les conversions, tout comme le réveil drômois, mais beaucoup moins institutionnalisé, et marqué par un accent sur le miraculeux, la pneumatologie. Dieu est un Dieu qui émerveille, qui sauve et guérit tous azimuts, qui multiple et distribue les charismes à foison. La glossolalie (“parler en langue”), la prophétie, le baptême du Saint-Esprit sont particulièrement valorisés. Comme le rappelle Jacques Bost dans des souvenirs émus, le pentecôtisme c’est “l’Évangile aux quatre angles : Jésus sauve, Jésus baptise (du Saint-Esprit), Jésus guérit, Jésus revient” . La perspective eschatologique, familière aux prophètes, est bien présente (comme chez les brigadiers), mais sous des couleurs différentes. Alors que pour Jean Cadier et les Brigadiers, paraphrasant Jean Calvin, “le temps des miracles est bien passé” , pour les pentecôtistes, au contraire, le Réveil qu’ils défendent répond en écho direct à la prophétie de Joël : “Voici ce qui arrivera dans les derniers jours, dit Dieu : je répandrai de mon Esprit sur tout être humain. Vos fils et vos filles prophétiseront” .

En Drôme et en Ardèche, c’est à l’entrée des années 1930 que le réveil pentecôtiste commença à se manifester de manière significative, après des prodromes dès 1927. A la fin de 1931, les pasteurs Franck Poulain et Samuel Delattre consultèrent Jean Cadier au sujet de l’éventualité d’une visite de Scott dans la région. Les brigadiers de la Drôme, sur la base d’évaluations antérieures, manifestèrent alors leurs réserves. En dépit des réticences affichées, Douglas Scott put se rendre à Privas en 1932 et y prêcher à l’invitation de Samuel Delattre. Ce dernier, qui avait écrit quelques années auparavant un ouvrage sur le prophétisme cévenol , voyait dans le pentecôtisme un prophétisme contemporain, qu’il fallait prendre au sérieux. Scott eut un impact immédiat à Privas, et la mission pentecôtiste en Ardèche, qui durant plusieurs semaines, impulsa une orientation revivaliste bien différente de celle de la Drôme. Même si le centre de ces deux réveils est bien la conversion individuelle, le réveil ardéchois, lui, privilégie les charismes, la multiplication des dons et une certaine effervescence horizontale, tandis que les brigadiers militent pour un réveil beaucoup plus encadré doctrinalement, moins charismatique, plus unitaire. Dans les assemblées touchés par le réveil de Pentecôte, l’ordre liturgique est passablement bousculé par des prises de parole spontanées, qui fusent non seulement du prédicateur et des responsables, mais aussi de l’assistance, laissant penser à une “épidémie de prophétisme” selon les mots même que Philippe Joutard utilise, dans un tout autre contexte, pour décrire le mouvement des inspirés du Vivarais en 1689. En Ardèche, ce sont les pasteurs de la vallée de l’Eyrieux qui firent l’accueil le plus chaleureux aux prédicateurs pentecôtistes, parmi lesquels Donald Gee, que l’on présente parfois comme le premier théologien pentecôtiste à s’être exprimé en France. Des conversions, une piété plus intense, des réunions de prière dynamiques où “la prophétie”, nous rappelle Jacques Bost, jouait très souvent un grand rôle” , transforment pour quelques années le visage d’une partie du protestantisme ardéchois, en dépit des réticences affichées de l’autre côté du Rhône par les brigadiers de la Drôme.

Durant plusieurs années, ces deux dynamiques de réveil se sont ainsi côtoyées, soupçonnées, dénoncées souvent (y compris sur le terrain du baptême, le réveil évangélique et pentecôtisant de l’Ardèche mettant en cause la validité du baptême des enfants). Les débats et investigations ne manquèrent pas. En témoigne cette réunion extraordinaire de 140 pasteurs réformés à Nîmes, le 25 avril 1932, consacrée à une “étude objective” du mouvement pentecôtiste, ou les travaux de la commission présidée par le pasteur Teulon, présentés lors du synode national des Églises Réformées Évangéliques de France tenue à Auteuil du 20 au 23 juin 1933. Le pentecôtisme est présenté, dans le rapport lui-même, de manière nuancée et fouillée, avec un décalage de ton par rapport à la décision 38 du synode, qui déplore sévèrement les “divisions et à des mouvements sectaires qui, détruisant leurs forces et ruinant leur activité”, rendraient les Églises “incapables de remplir leur mission dans le monde” . On voit très bien, ici, se heurter le prophétisme de multiplication, redouté pour ses effets d’émiettement, et le prophétisme de rassemblement, présenté comme seule alternative.

Une forme de symbiose partielle s’effectua pourtant, malgré les préventions réciproques, au travers du sillage remarquable, mais relativement isolé, de Louis Dallière (1897-1976), pasteur de l’Église Réformée Évangélique à Charmes. Cet homme d’un grand charisme personnel conserva le souci unitaire en demeurant contre vents et marées dans l’Église réformée, tout en adoptant la dynamique de multiplication, au travers de son adhésion (nuancée) à la théologie des charismes propre au pentecôtisme (dons de guérison, dons des langues, baptême du Saint-Esprit). Dans le chapitre 7 de son opuscule de 1932 consacré au réveil pentecôtiste, il évoque les conversions pentecôtistes et souligne : “Il me semble que nous devons nous réjouir de ces conversions, et tendre à ces frères la main d’association. Protestants nouveaux-nés, que diront-ils si les protestants de longue date leur tournent le dos ?” Au plan régional, c’est principalement grâce à Louis Dallière que la famille réformée évita un schisme local d’importance, Dallière conservant son affiliation réformée et oeuvrant tout autour de lui à jeter des ponts. Autour d’un cercle d’amis et de collègues, dans les années 1930 et 1940, puis au travers de l’Union de prière de Charmes, à partir de 1948, il poursuivit, dans un relatif isolement, cette tentative d’associer deux prophétismes, l’un rassembleur, ouvert au contrôle institutionnel et doctrinal, l’autre multiplicateur, horizontal et charismatique.

Mais l’orientation majoritaire fut la méfiance et l’incompréhension mutuelle. André Chamson nous rappela ici-même, il y a 22 ans, que “quand l’apôtre Paul nous dit, à la fois, de ne pas éteindre l’Esprit et de ne pas mépriser les prophéties, mais aussi d’examiner toutes choses et de ne retenir que ce qui est bon, il trace un chemin périlleux, au tranchant de la crête, et il y a chance que les faux prophètes couvrent la voix de ceux qui parlent en vérité” . D’un côté comme de l’autre de cette crête, d’une rive du Rhône à l’autre, les accusations tombèrent. Tandis que Douglas Scott s’exclamait : “Nous ne voulons qu’un seul réveil, le nôtre”, Jean Cadier et Henri Eberhard dénonçaient le caractère à leurs yeux trompeur, voire satanique, d’un prophétisme considéré comme obnubilé par le miraculeux et le spectaculaire au détriment de la doctrine et de la spiritualité. De part et d’autre, des jugements très durs furent portés, l’expression “faux prophète” fusant bien souvent au gré des controverses. Plusieurs crises graves émaillèrent cette confrontation, comme l’affaire de Loriol, où une paroisse réformée entière (conduite par le pasteur Albert Ingrand) rejoint le pentecôtisme avec armes et bagages en 1935, avant de retrouver le bercail l’année suivante au prix d’un douloureux effort de médiation. D’un côté, on se cala dans une “mystique de l’unité”, prophétisant des lendemains radieux pour les protestants à la condition de concilier appel à la conversion et rassemblement unitaire. De l’autre, on se persuada de la supériorité décisive d’une “vie par l’Esprit” tous azimuts, au gré des aventures du charisme et de l’évangélisation. Il est singulier de constater, en jetant un regard au-delà des années 1930, que ces logiques ont toutes deux porté leurs limites propres, presque symétriques.

La première orientation (le prophétisme unitaire) a certes produit l’unité tant espérée entre les familles réformées, en 1938, mais la dynamique revivaliste proprement dite s’est ensuite largement ralentie, voire éteinte au sein de l’Église Réformée de France d’après-guerre. A tel point qu’en 2001, beaucoup de pasteurs réformés constatent, un peu amers, que leurs paroisses vieillissent, et qu’on n’en crée guère de nouvelles, tandis que les adolescents et les jeunes, c’est sur les bancs des assemblées évangéliques et pentecôtistes qu’on les retrouve. A l’inverse, la dynamique prophétique de multiplication a certes permis une impressionnante efflorescence d’assemblées pentecôtistes dans toute la France, constituant même (quantitativement) le principal phénomène de conversions religieuses du XXe siècle. Mais cette multiplication s’est faite au prix d’une faible cohésion institutionnelle, d’une certaine dissémination d’“ entrepreneurs indépendants du charisme”, et d’une visibilité sociale encore hasardeuse à l’entrée du XXIe siècle : les 10.000 bouddhistes pratiquant que comptent la France disposent, par exemple, d’une visibilité médiatique dix ou vingt fois plus forte que les 200.000 pentecôtistes français pratiquants d’aujourd’hui, signe d’une fragilité institutionnelle et d’un émiettement considérable. Depuis peu, les pentecôtistes semblent commencer à en prendre la mesure, après y avoir longtemps été indifférents.

Pour conclure sur cette incompréhension réciproque, durant les années 1930, entre deux logiques prophétiques, on peut rappeler -face à la tentation de la prospective- qu’il n’appartient pas à l’historien d’être prophète. La divergence des deux options prophétiques (celle des brigadiers réformés, celle des revivalistes pentecôtisants) était certainement inévitable compte tenu des logiques sociales mises en oeuvre par les deux groupes. Il reste qu’en survolant l’histoire du protestantisme de la seconde moitié du XXe siècle, on n’a sans doute pas fini de sonder les enjeux de cette tension peut-être féconde entre un prophétisme de conversion qui appelle à rassembler, et un autre qui invite à multiplier. Suivant que la méfiance, l’hostilité ou le rapprochement (avec tous les degrés qu’il comporte) s’imposent, c’est toute l’histoire du protestantisme qui peut s’en trouver modifiée.

 
 
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